
(ABC Bourse) - Malgré une économie intérieure fragile, la Chine a réussi à atteindre en 2025 son objectif de croissance annuel fixé à 5 %, principalement grâce à une envolée de ses exportations. Ce chiffre, annoncé par le Bureau national des statistiques (BNS) ce lundi, masque toutefois de profondes fragilités dans la consommation domestique et l’investissement.
Tirée par une demande mondiale encore soutenue, notamment hors États-Unis, la deuxième puissance économique mondiale a compensé la faiblesse de son marché intérieur par une offensive massive sur les marchés étrangers. Résultat : un excédent commercial record de près de 1.200 milliards de dollars, en hausse de 20 % sur un an, équivalent à la taille de l’économie saoudienne.
Une stratégie industrielle qui masque une demande intérieure en berne
Cette stratégie découle en grande partie de la crise immobilière qui a secoué le pays en 2021. Depuis, Pékin a réorienté ses priorités vers l’industrie, au détriment de la consommation des ménages. Une réorganisation coûteuse : les usines produisent plus qu’elles ne peuvent écouler localement, contraignant les industriels à se tourner vers l’international.
L’impact est immédiat sur les indicateurs : si la production industrielle progresse de 5,9 % sur l’année, les ventes au détail ne gagnent que 3,7 %, et les investissements immobiliers s’effondrent de 17,2 %. Le contraste est saisissant entre la puissance exportatrice et une économie intérieure à la peine.
"Il est compliqué d'imaginer comment l'excédent commercial pourrait continuer de s'accroître à cette vitesse indéfiniment à l'avenir, ne serait-ce uniquement parce que cela provoquerait des réactions protectionnistes plus larges à l'étranger", avertit Christopher Beddor, économiste chez Gavekal Dragonomics.
Des chiffres solides, mais une croissance jugée « durement acquise »
Au quatrième trimestre, le PIB a crû de 4,5 % sur un an, un chiffre légèrement au-dessus du consensus (4,4 %), mais en recul par rapport aux 4,8 % enregistrés au trimestre précédent. C’est le rythme le plus faible depuis trois ans.
En rythme trimestriel, la croissance atteint 1,2 % entre octobre et décembre. Sur l’ensemble de l’année, le PIB grimpe de 5 %, atteignant exactement l’objectif gouvernemental.
Une performance saluée mais nuancée par le directeur du BNS, Kang Yi, qui estime que cette croissance a été "durement acquise". Il souligne les défis persistants d’une demande interne en berne et d’un endettement public croissant.
Preuve de ce déséquilibre, les investissements en capital fixe chutent de 3,8 %, leur premier recul annuel depuis 1996. Quant aux investissements privés, ils reculent de 6,4 %, en raison de la prudence des ménages et du manque de perspectives pour les entreprises face à la surcapacité de production.
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